dimanche 30 août 2009 - 22ème dimanche T.O.-B - Prédication du fr. Jean-Claude Lavigne
lundi, août 31, 2009 at 09:50AM Tout vient du dedans affirme Jésus, s’opposant ainsi aux pharisiens qui critiquaient les manières de faire de ses disciples. Jésus en se positionnant ainsi ne met pas en cause les bienfaits de la loi ou les pratiques juives. Il a déjà affirmé qu’il n’était pas venu abolir la loi mais la porter à incandescence et à la vérité. Par son débat avec les pharisiens, Jésus met l’accent sur la source à partir de laquelle doivent sourdre les pratiques : l’intériorité, l’âme ou le cœur.
Il faut partir du dedans et il y a dangers. Dangers que le cœur ne soit déjà prisonnier du mal et qu’alors les pratiques, fussent-elles bonnes aux yeux de la société, ne soient en fait que des réalités faussées, des hypocrisies et des perversions. Quand Jésus nous invite à explorer notre cœur, il ne nous suggère pas un vague repli sur soi et sur notre petit moi torturé, sur une sentimentalité anxieuse. Jésus nous propose un travail de lucidité. Il nous alerte en nous interrogeant sur notre cœur dans la mesure où celui-ci est le lieu de notre vérité. Nos lèvres et nos pratiques sont trop souvent le reflet d’un masque que nous avons posé sur notre cœur. Que ce masque soit celui de la bonne éducation (de la sagesse humaine dit le texte), de la fraude ou de la piété légaliste ne change presque rien sur son côté faux ou impur.
Savoir ce qui habite en vérité notre cœur est une opération complexe. La psychanalyse nous a montré depuis longtemps qu’il y a toutes sortes de jeux conscients ou non qui prennent place dans le cœur pour l’orienter vers la haine ou vers la séduction, vers le faux-semblant ou la peur ou encore vers une relation claire et saine. Difficile de traverser nos opacités. Peut-on même le faire dans la mesure où nous n’avons pas le contrôle de ce qui se passe ? Ne faut-il pas plutôt se tenter de vivre avec tout cela, sachant nommer ce qui nous habite ?
Par delà ces difficultés à connaître notre cœur, nous sommes conviés par Jésus à faire de celui-ci, quel qu’il soit, un espace d’accueil et non une forteresse à protéger. C’est dire que nous ne pouvons pas vivre seulement au rythme de ce que nous sommes et nous ressentons. Nous ne pouvons nous contenter de suivre nos impulsions et nos paresses. Nous ne pouvons pas fuir quand il nous est demandé de sortir de nos habitudes ou de nos petits conforts mondains ou intellectuels. Faire du cœur un espace d’accueil de la Parole de Dieu induit des déplacements et de nécessaires remises en cause. Quand nous livrons accès à la Parole de Dieu dans nos cœurs, les risques d’explosion de nos préconceptions et de nos jugements absolus sont grands. Et comme nous connaissons ces risques nous nous inventons, de manière anticipée et préventives, des parades, traitant de romantiques les appels à la conversion et au don de soi, d’idéalistes les exigences posées par le Christ pour changer de vie ou transformant la miséricorde et la tendresse de Dieu en concepts et en doctrines pour en rester au stade des paroles et de la discussion. Et pourtant la parole de Dieu est là qui frappe à la porte de notre cœur. Ouvrirons-nous, accueillerons-nous la force de l’Esprit au-delà de notre intelligence rusée?
Nous sommes invités à oser ouvrir humblement la porte de notre cœur pour que la parole de Dieu devienne semence de vie, à accueillir les commandements de Dieu pour accéder à la véritable intelligence. Et l’incroyable, c’est que Dieu lui-même se fait une demeure dans notre cœur, bouleversant tout au profit du meilleur de nous même. Ces passages de Dieu apportent guérison et libération, purification et stimulation. Dieu n’attend pas que nous en soyons dignes, il survient et ouvre des brèches, élargissant notre cœur et notre univers.
Accueillir s’apprend peu à peu. Il faut commencer par écouter la voix des médiateurs : le frère proche ou lointain, l’assemblée des croyants. Ecouter avec le cœur qui s’élargit, qui pressent peu à peu qu’il en va, dans ce qui se fait entendre à lui, de son propre mystère et de sa propre joie. Ecouter la parole qui se fait murmure de confiance, enseignement de sagesse, chant d’amour, confidence.. car notre Dieu n’est pas muet comme le sont les idoles captatrices des faux bonheurs. Puis un jour, ce ne sera plus seulement la voix qui nous visitera, mais celui qui parle lui-même. Dans nos cœurs étonnés l’infini se fait limité, il accepte d’entrer dans notre espace même si celui-ci est meurtri ou encore trop fermé et dur. Cela advient quand nous faisons oraison, quand nous nous abandonnons à la contemplation ou dans l‘action solidaire et fraternelle. Dieu connaît le temps favorable.
Alors du cœur devenu incandescent par la présence fulgurante de Dieu pourront surgir des gestes vrais et forts. Au-delà du devoir faire ou des règles de la morale, même progressiste, au-delà du prêt à penser généreux et des bonnes mœurs des honnêtes gens. Les passages de Dieu dans nos cœurs mettent en relation le dedans et le dehors, et libèrent des pratiques fraternelles, des engagements radicaux, des amours irrépressibles et nous transforment peu à peu. La lumière intérieure se fait énergie pour la lutte pour la justice, pour avancer hardiment avec ceux qui sont les plus fragiles et les plus humiliés vers le Royaume. La pureté est alors à son paroxysme : notre cœur est devenu plus clairement miroir de la sollicitude de Dieu pour les vivants.
En l’évangile de ce jour, Jésus nous alerte. Qu’en est-il de notre cœur ? Est-il vraiment brûlant comme l’était celui des cheminants d’Emmaüs ? est-il vraiment prêt à l’aventure d’un compagnonnage avec le Christ ?
Que le Christ par son Eucharistie embrase le cœur de chacun.
fr. Jean-Claude Lavigne
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