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lundi
08juin2009

Dimanche 7 juin 2009 - fête de la Trinité - Prédication du fr. Philippe Verdin

A la messe, quelle est la première chose que nous faisons ? La première chose que nous faisons, comme souvent dans la liturgie chrétienne, c’est un geste avec une parole, une parole avec un geste. Nous traçons un signe de croix et nous disons: «Au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit.» Aujourd’hui, nous célébrons la sainte Trinité. La Trinité, c’est abstrait. Pourtant nous l’invoquons à la moindre de nos prières, lorsque nous disons: «Au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit.»

Perspicace comme d’habitude, Timothy Radcliffe, au début de son dernier livre, qui est en vente, à la sortie de cette messe, au Passage, Timothy pose cette question impertinente: «Quand nous disons «Au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit», disons-nous un seul nom, ou trois? Chacune des personnes de la Trinité, en effet, existe pour les deux autres.»

La Trinité, c’est compliqué.

Nous voulons connaître Dieu, pour pouvoir mieux l’aimer. Nous voulons connaître Dieu, pour pouvoir mieux en parler. Mais en se faisant un seul Dieu, deux natures et trois personnes, il faut avouer que Dieu nous a compliqué les choses. J’ai vécu au Sénégal, un pays où les Musulmans sont curieux de comprendre le mystère de la foi chrétienne. La Sainte-Vierge, pour eux, ça va. Le pape, ça va, l’eucharistie, ça va. Mais il y a deux choses délirantes à leurs yeux, c’est l’incarnation – un Dieu qui se fait homme, c’est comme un banquier qui se fait clochard – et la Trinité. La Trinité pour mes amis musulmans du Sénégal, c’est incompréhensible, c’est absurde. Dieu, parce qu’il est Dieu, est un. Il est unique. Il est l’unique. Il est le contraire du diable, qui lui n’est pas un mais «légion».

Reconnaissons que ce qui est difficile pour un Musulman sénégalais est aussi difficile pour un catholique français. Les plus grands théologiens et mystiques s’y sont cassés les dents.

Saint Anselme, au onzième siècle, s’adresse à Dieu et lui dit: «Nous croyons que tu es quelque chose de tel que rien de plus grand ne puisse être pensé.» Rien de plus grand ne peut être pensé... L’immensité infinitésimale de Dieu donne le tournis et le mal de tête.

Vous connaissez cette histoire, mais je ne résiste pas au plaisir de vous la raconter encore une fois. Un jour, au bord de la Méditerranée, dans le golfe d’Hippone, à la frontière entre Algérie et la Tunisie, Saint Augustin se promène sur la plage. Nous sommes en 400. Augustin a entreprit l’écriture de sa somme en quinze livres sur la Trinité. Il réfléchit en marchant sur le sable. Il cherche à comprendre comment Dieu peut être à la fois un et trois. Soudain, il s’arrête. Il voit au bord de l’eau un petit garçon qui creuse un trou avec un coquillage. Il observe le manège de l’enfant, qui court de la mer à son trou dans le sable. Intrigué, Augustin s’approche et demande: «Que fais-tu mon bonhomme?» L’enfant explique: «Je veux verser toute la mer dans mon trou.» Augustin sourit:«Mais tu n’y arriveras jamais! Avec ce que contient ton coquillage, il faudrait des millions d’années pour transvaser la mer. En plus, l’eau que tu verses dans ce trou retourne au fur et à mesure à la mer, car le sable n’est pas l’argile: l’eau s’échappe!» Alors le petit garçon lève son visage grave et dit: «Tu vois Augustin: il est aussi difficile de faire entrer la mer dans mon trou que de comprendre le mystère de la Trinité.»

Parole de sagesse, qui n’empêcha pas Augustin de travailler jusqu’à sa mort à la rédaction de son de Trinitate. Car nous voulons connaître Dieu. Si nous ne cherchons pas Dieu, nous ressemblons à des radis. L’insouciance métaphysique est le luxe des légumes. Nous voulons approcher le mystère de la Trinité. Et pas seulement l’approcher, comme Moïse approcha le buisson ardent, mais le pénétrer, être entraîné par lui et en lui, comme les vaches et les autobus, dans le film Twister, sont soulevés de terre et emportés par la méga-tornade. L’amour que ce porte les trois personnes de la Trinité provoque une tornade des millions de fois plus forte que celle de Twister.

Les mystiques ont deviné que la force de Dieu venait de ce qu’il est à la fois un et trois. Saint Grégoire de Naziance écrit: «Un, c’est la tristesse de la solitude. Deux c’est l’opposition, c’est le face-à-face têtu. Trois, c’ est le nombre qui dépasse la séparation et permet la communion.» Catherine de Sienne, Elisabeth de la Trinité ont chanté le génie d’un Dieu qui est trois Personnes. Car le rapport entre les trois personnes de la Trinité, c’est l’amour. Dieu le père engendre le fils par amour. Et cet amour est si fort, si puissant, qu’il est une Personne. Il s’appelle l’Esprit. La relation d’amour entre ces Trois personnes est à son tour tellement forte qu’elle déborde et qu’elle crée le monde. L’amour est fécond. L’amour qui existe entre les trois Personnes donne naissance au monde, puis à l’homme. L’amour est une force centripète. Dieu attire l’homme. Dieu veut que l’homme participe à cet amour. C’est comme un volcan en éruption permanente, qui déverse son feu, qui fait jaillir des îles au milieu de l’océan pacifique, qui transforme et absorbe tout sur son passage.

Dans cette tornade d’amour, dans ce volcan bouillonnant, l’homme peut être pris de frayeur. Il se sent comme un fétu ballotté dans une aventure gigantesque, emporté entre le Père, le Fils et l’Esprit, petite brindille soulevée par un maelström.

Dieu le rassure. L’amour peut nous brûler, mais pas nous tuer. L’amour de Dieu, si fort quand il déploie son pouvoir de création, se fait tout doux, tendre et léger quand il s’approche de l’homme fragile et inquiet. La Trinité murmure comme une brise légère. L’amour ne hausse pas le ton. La Trinité se fait humble pour que l’homme puisse vaguement la comprendre, pour que l’homme accepte de se laisser saisir.

Dieu est unique, mais non pas solitaire. A cause de cette unité, le Père est tout entier dans le Fils, tout entier dans l’Esprit. Le Fils est tout entier dans le Père, tout entier dans l’Esprit. L’Esprit est tout entier dans le Père, tout entier dans le Fils. Et nous, si nous le voulons, nous serons tout entier dans la Trinité. C’est le rêve de Jésuspour nous :«Que tous soient un comme je suis un dans le Père.» Laissons Dieu agir en nous pour communier pleinement, intégralement à sa vie.

Amen.

 

 

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