Dimanche 31 mai 2009 - dimanche de Pentecôte - Prédication du fr. Thierry-Marie Courau
vendredi, juin 5, 2009 at 10:45AM «Quand il viendra, l’Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même: il redira tout ce qu’il aura entendu.»
Avec ces mots, Jésus nous fait découvrir une des activités de la troisième personne de la Trinité, que nous appelons l’Esprit Saint: celle de nous conduire vers la vérité tout entière, de nous faire connaître le Père, de comprendre le mystère du Fils et le mystère de l’homme. C’est pourquoi l’Eglise est toujours en marche vers cette vérité qui se dévoile peu à peu.
Lorsque Dieu dans la chair quitte l’expérience terrestre, quand le Christ mort et ressuscité se sépare de notre terre, il ne l’abandonne pas. Bien au contraire. Nous pourrions même dire que de façon extensive et non plus seulement intensive, Dieu déploie le don de lui-même dans l’Esprit Saint et cela toujours en vue de notre salut.
Ce salut qui est œuvre de vérité et de liberté, de communion d’amour et de parole, de communion de vie et de dialogue de l’homme avec Dieu et des hommes entre eux.
L’œuvre de salut que vient réaliser le Christ et qu’épanouit l’Esprit Saint est ce rétablissement du dialogue d’amour, cette réconciliation des cœurs et des intelligences, cette réconciliation des humanités.
C’est pourquoi, le Christ avant d’entrer dans sa passion déclare à ses disciples qu’il va leur envoyer l’Esprit Saint, qui est Paraclet et Consolateur, qui est lumière et chaleur, qui est l’Esprit de vérité et d’amour, qui remet les péchés, c’est-à-dire qui ré-ouvre à l’amour, à la vie ce qui lui était fermé.
Et effectivement, lorsque les apôtres sont réunis le cinquantième jour après la fête juive de Pâques, en ce jour où les juifs célèbrent l’Alliance entre Dieu et Israël au Sinaï, la sorte de feu qui vient se poser sur chacun d’eux leur donne de proclamer la vérité dans l’amour, c’est-à-dire de faire entendre à chacun dans sa langue, dans sa culture, la splendeur de l’œuvre de Dieu.
«Tous, nous les entendons proclamer dans nos langues, les merveilles de Dieu.»
Les cœurs et les intelligences se réconcilient, elles apprennent à voir, à comprendre, sous l’action de l’Esprit, la réalité qui était déjà sous leurs yeux, mais qu’ils ne voyaient pas.
Ils ne voyaient qu’à travers ce qu’ils cherchaient à saisir, c’est-à-dire peu de chose. A l’inverse, l’Esprit Saint ouvre leur champ de vision, il fait œuvre de vérité.
Cette action d’ouverture est vécue dans et par le corps lui-même comme une boisson qui vient répondre à la soif de vérité et d’amour, comme un rafraîchissement: «Tous nous avons été désaltérés par l’unique Esprit.» C’est pourquoi, le corps est véritablement l’habitation, le temple où vit l’Esprit.
Cette action d’ouverture est vécue aussi au-delà du corps comme le lien qui relie sans lier, comme le milieu commun qui fait une seule communion, un seul corps. Ce corps qui se manifeste quand nous faisons Eglise, quand nos diversités irréconciliables dans la vie courante deviennent, ici, en ce lieu, action de grâces (et peut-être malheureusement parfois: que pour ce temps).
C’est pourtant la vie éternelle qui y est éprouvée, c’est l’expérience de la connaissance intime de la présence et de l’action divine dans notre chair, c’est la communion d’amour humano-divine et inter-humaine qui accomplit notre plus profond désir, celui d’être pleinement homme en relation, et non plus homme d’aliénation.
L’ouverture est jaillissement
Nous comprenons bien que cette vie éternelle est mouvement d’ouverture et d’élargissement, c'est-à-dire le mouvement de l’amour véritable. Elle est un engendrement, un jaillissement de fécondité et d’unité, qui nécessite trois acteurs, l’origine du mouvement, la fin du mouvement et le mouvement lui-même. Les trois sont inséparables et de même embrasure. Ils sont appelés ensemble Trinité.
L’Esprit Saint est ainsi celui-là même en lequel le Père engendre, et par lequel le Fils est engendré. Aucun n’est sans l’autre et pourtant personne ne peut prendre la place de l’autre.
Les Pères grecs ont une admirable image pour évoquer cette vie trinitaire, celle d’une danse tournante (comme la célèbre œuvre de Matisse intitulée la danse), ce que les latins appellent une marche circulaire.
C'est ce mouvement même de la danse qui est l’ouvrier de la vie, qui œuvre à la vie, la permet et la déploie. C'est pourquoi, l’Esprit Saint est appelé Esprit de Vie, cet Esprit de fécondité qui est et vient de Dieu.
Cet Esprit Saint jaillit effectivement hors de Dieu, sans rien perdre de sa divinité, c’est-à-dire sans sortir de Dieu; sans rien perdre de sa dimension d’amour, d’ouverture, de vie, car l’ouverture qu’il est, est elle-même accueil, retrait de soi, possibilité d’existence donnée à tout autre, hospitalité. Dieu jaillit hors de lui-même en accueillant en lui le monde qu’il conduit à l’existence.
Avec le Christ sur la croix, en sa vie, en sa mort et résurrection, en sa plaie au côté, l’ouverture de la chair humano-divine se fait brèche définitive pour laisser jaillir l’Esprit Saint.
C’est un peu comme cette eau de Lourdes qui sourd dans le rocher jusqu’à ce qu’une jeune fille, Bernadette, se mette à creuser la terre et à faire ainsi une ouverture pour que l’eau en jaillisse. Cette grotte, cette eau est accueillante comme Dieu l’est pour le monde par son Fils. Ce rocher se fait brèche pour que l’homme vienne s’y plonger tel qu’il est.
Le jaillissement est douceur
Si ce mouvement intérieur et extérieur de la vie divine qu’est l’Esprit Saint reste difficile à saisir par nos mots et notre intelligence, il nous reste à en constater l’œuvre dans nos vies. Chaque jour nous pouvons être témoin de son action et de sa présence, si nous apprenons à les voir.
Son sceau, la marque de sa présence et de son activité ne sont pas spectaculaires comme un tremblement de terre, mais tout au contraire ils sont comme cette douceur de la pierre sur laquelle l’eau a passé et repassé sans se lasser. Douceur éprouvée quand dans nos vies adviennent la confiance et la vérité, la réconciliation et la paix, l’amour au sens véritable de la capacité d’accueil et d’ajustement à celui qui vient à nous.
Voici ce que produit l’Esprit nous dit Paul dans sa lettre aux Galates: amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité, et maîtrise de soi.
Ce sont les signes infaillibles de l’activité de Dieu dans notre vie et de l’œuvre de transformation qu’il y réalise.
Puissions-nous le laisser faire. Amen.
Fr. Thierry-Marie Courau, o.p.
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