Dimanche 14 juin 2009 - fête du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ - Prédication du fr. Jean-Claude Lavigne
lundi, juin 15, 2009 at 11:49AM Ancienne fête Dieu qui évoque pour les plus anciens d’entre nous processions et fleurs.
C’est aujourd’hui la fête du saint sacrement du corps et du sang du christ. Une relecture pour nous faire entrer plus profondément dans la compréhension de l’Eucharistie comme temps de la présence de Dieu dans nos vies, comme mémorial du don que Dieu nous fait de sa vie. Toujours temps de fête, moins démonstrative aujourd’hui qu’hier, mais plus spécifiquement temps de la célébration du Christ-don-de-Dieu, car il a tant aimé le monde qu’il nous a envoyé son propre fils.
Entrons dans cette fête en pleine et joyeuse confiance en la miséricorde de Dieu.
Il y a beaucoup de sang dans les textes de ce jour. Cela peut nous terrifier et nous inviter à un rejet ou à un dégout. Il nous faut changer d’imaginaire et retrouver celui d’Israël. Le sang versé ne symbolise pas la mort mais la vie. Le sang c’est qui permet la vie et maintient le corps dans sa vitalité.
Dès lors on comprend mieux le texte de l’Exode. Il s’agit de lier par le sang deux éléments afin qu’une même source de vie les associe et les alimente: l’autel qui est le lieu de Dieu et les corps humains. Moise fait qu’un même sang coule sur l’autel et sur le peuple car Dieu et son peuple ne sont qu’une famille, liée par le sang. Le geste de Moise est immense car il représente et fait exister une communauté entre Dieu et Israël, une relation de filiation entre le peuple et Dieu, une Alliance. Il s’agit alors du peuple-famille de Dieu représenté par les 12 stèles, peuple qui s’engage à vivre selon les lois de Dieu car il y trouve son bonheur et son honneur. Entre l’autel et le peuple une même vie circule.
La célébration met, au centre de ce lien du sang, la parole lue, écoutée et approuvée. Israël ratifie sa filiation en s’engageant à mettre en œuvre la parole de Dieu, en répondant par un accord à l’appel de Dieu. La parole oriente la vitalité vers la source profonde de la vie et permet d’avancer vers ce lieu fondateur.
Le sang et la parole. Les deux facettes de l’Alliance qui disent une circulation, un échange d’où surgit la vie. Deux facettes inséparables puisqu’elles sont indispensables à l’existence humaine d’un vivant. Jésus va reprendre ces deux aspects pour nous ouvrir la compréhension à la fois de sa vie et de la nôtre. S’il donne sa vie en entrant dans la mort, c’est pour que nous vivions et sortions de la mort, pour que nous entrions dans l’héritage éternel. Ce qui est appelé un sacrifice est alors la manifestation d’un lien offert pour que la vie l’emporte.
On a là une clef pour comprendre la Cène, le dernier repas de Jésus, moment d’amitié ultime et geste grave qui éloigne de nous les actes qui mènent à la mort. Jésus propose une Alliance renouvelée et élargie qui va au-delà du sacrifice d’animaux. Cette Alliance repose sur un don d’homme et par là, elle est un geste d’amitié extrême. A toute l’humanité passée, présente et à venir, et pas seulement au peuple juif mais à lui aussi, est proposée de se comprendre comme liée au Christ pour cheminer avec lui vers le Père. Tout humain peut relire son existence à travers cette alliance offerte gratuitement, donnée par amitié: le vin partagé est le sang qui nous associe au Christ et à sa famille, le sang qui nous fait participer à la famille de Dieu. Ainsi chaque eucharistie nous propose cette relecture pour que nous comprenions notre bonheur d’appartenir à ce groupe et que nous en tirions les conséquences dans notre vie de tous les jours et dans nos relations fraternelles.
La parole de Jésus, pendant le repas, reprend les paroles juives de la bénédiction mais les déplace. La parole, cette autre source de la vitalité, donne sens au vin partagé dans la triple signification du mot: une interprétation: le vin est le sang de vie et d’alliance, une expériencesensible: une fête familiale joyeuse et une direction: elle anticipe le Royaume et le retour glorieux du Christ. Chaque eucharistie a cette triple signification en écho aux paroles prononcées par Jésus pendant ce repas.
Mais il y a aussi le pain, certes présent dans la bénédiction du repas juif mais absent du rituel rapporté par Exode. C’est étonnant comme nous avions oublié avant Vatican II la place du vin. Le pain partagé fait écho au Pain de Vie de l’Evangile de Jean, à la manne du désert qui sauve le peuple en exode de la faim. Le pain qui est au service du corps, de sa croissance et de la survie. Jésus nous invite à passer du pain à son corps à prendre, à saisir et à incorporer dans notre propre corps. Expérience d’un corps à corps au bénéfice de notre vitalité. L’eucharistie est ainsi un lieu où nos forces peuvent être refaites, où le meilleur de nous-mêmes peut s’affirmer et traverser le mal et nos faiblesses. Lieu où les forces de mort sont mises en déroute au profit de notre croissance en intimité avec le Christ.
Ainsi chaque eucharistie est pour nous une chance pour explorer une nouvelle humanité marquée par la fraternité, par un renouveau de nos forces et par une orientation de nos vies vers une attente du Christ. C’est une chance qu’il ne faut pas laisser passer. L’Eucharistie ressemble alors au petit monsieur qui portait une cruche d’eau et a servi de signe pour le jeu de piste qui a permis aux apôtres de trouver le lieu de la dernière Cène. Personnage bien étrange et un peu improbable sauf s’il est un clin d’œil pour nous dire que dans le monde ouvert par l’Eucharistie tout est possible et que le partage du vin, du pain et de la Parole inaugure des temps nouveaux.
Affirmer qu’un partage si modeste de pain et de vin peut changer des personnes qui ne se connaissaient pas en frères et sœurs est une véritable utopie. C’est pourtant ce que Jésus nous invite à vivre: il nous le promet chaque fois que nous ferons cela il sera près de nous, entre nous et peut-être l’un de nous. Alors ne laissons pas l’Eucharistie devenir un rituel formel et habituel mais faisons de ce temps celui d’un rendez-vous amoureux avec celui qui est la source de la Vie.
Fr. Jean Claude Lavigne op
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