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Dimanche 29 mars 2009 - 5ème dimanche de Carême - Prédication du fr. Joseph de Nauroy

 Jésus choisit de monter vers sa Pâque. Il ouvre pour les hommes le chemin du salut

Le salut, Quelle réalité désigne-t-il?

Le salut, c’est la vie, au lieu de la mort. C’est le bien, au lieu du mal. C’est la liberté, au lieu de la prison du péché de l’orgueil, de l’égoïsme. La vie, le bien, la liberté absolus, existent-ils? Oui. Ils existent, en Dieu. Ils sont Dieu lui-même. Tout le reste est limité, tout le reste est passager. Pâque signifie «passage». La Pâque, c’est le passage vers ce qui ne passe pas.

 Dans notre évangile, Jésus vient d’entrer à Jérusalem, au milieu des acclamations. Devant l’imminence de sa Passion, il est bouleversé. Dans son angoisse, que fait-il? Il se tourne vers son Père. Il prie. Dans sa prière, que demande- t-il? Que ses souffrances lui soient épargnées? Non. Le désir de sauver sa vie se transforme en élan d’amour envers Dieu, son Père, envers les hommes. Il sait que son heure est venue.

Quand vient pour nous, pour nos proches, l’heure de l’épreuve, de la souffrance, quand viendra celle qui sera la dernière, nous aussi, prions, comme il nous l’a enseigné: Notre Père, que ton Nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite.

 Les pèlerins grecs ne reçoivent pas directement une réponse. Jésus parle aux disciples. Ils seront appelés à dire au monde que, par la croix, le salut est offert à tous les hommes. La victoire de Jésus sur le mal est réelle. Il reste aux croyants à se l’approprier. En souffrant pour nous, il ne nous a pas simplement donné un exemple. Il a ouvert pour nous une route nouvelle. Si nous la suivons, la vie, la mort prennent un sens nouveau.La mort et la résurrection du Christ ouvrent pour les hommes le chemin du salut.

Frères et sœurs, nous connaissons une période de crise. Bien avant nous, quelqu’un a vécu une crise grave, douloureuse. C’est le prophète Jérémie. Il a vu l’effondrement du Royaume de Juda, la destruction de Jérusalem, la déportation du peuple. Lui-même mourra en exil. Michel Ange l’a peint, à la Chapelle Sixtine, à gauche de l’autel. Il le montre assis, méditant sur les malheurs de son peuple. A son propos, on parle de Jérémiades. Il faut surtout parler d’espérance. Une espérance fondée sur une foi inébranlable en l’amour divin. Dans ses souffrances, il entrevoit un renouvellement de l’Alliance, un retour à une religion du cœur, de la justice. Le péché de l’homme bouleverse l’équilibre de la création. Seule une conversion profonde pourra rétablir l’ordre prévu par le Créateur. Voilà des propos étonnamment modernes.

Le passage du livre de Jérémie, notre première lecture, se trouve intégralement cité dans la Lettre aux Hébreux. Nous pouvons nous demander: Pourquoi cette Lettre? Qui sont ces Hébreux?

Ce sont des chrétiens venus du judaïsme. Eux aussi connaissent une crise grave. Après leur conversion, ils sont gagnés par le doute, le découragement. Ils sont déconcertés par les épreuves, les persécutions. Ils sont troublés par le caractère pauvre de leur liturgie, contrastant avec les cérémonies de la synagogue, du Temple. Ne se sont-ils pas trompés en abandonnant la religion de leurs pères?

La Lettre cherche à les encourager. Les idées sont de saint Paul, bien que le style soit d’un disciple. Il montre que Jésus a apporté une Alliance, un sacerdoce infiniment supérieurs aux anciens. Il a connu la faiblesse, l’humiliation de la croix, pour assurer le salut des hommes, dont il se faisait ainsi le frère. Pour devenir par l’expérience de la douleur un grand-prêtre miséricordieux. L’Alliance nouvelle, désirée par Jérémie, a été scellée par son sang. Il faut persévérer, ne pas se laisser décourager par les épreuves; vivre sa foi, à l’exemple des saints de l’Ancien Testament. Ils ont vécu, souffert, dans l’attente d’un messie à venir. Ce messie est venu. Il est entré pour toujours dans sa gloire, dans sa puissance lumineuse, heureuse, que nous verrons un jour face à face.

En célébrant l’Eucharistie, retenons ce que Paul écrit aux fidèles de Corinthe: «Chaque fois que mangez ce pain et buvez à cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne.» Cela signifie qu’à chaque messe, à chaque communion, nous entrons dans le grand mouvement de la mort et de la résurrection du Christ.

En choisissant de monter vers sa Pâque, Jésus a ouvert pour tous les hommes, le chemin du salut, celui de la vie, celui de la liberté, celui du plus grand amour.
Amen.

 

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