Dimanche 8 mars 2009 - 2ème dimanche de Carême - Prédication du fr. J-Pierre Lintanf
dimanche, mars 8, 2009 at 10:24AM Trois textes, un décor; la Montagne: l’Horeb, le Thabor, le Golgotha. De tous temps l’homme a été fasciné par la montagne, par ce qu’il appellera «les Hauts lieux»: l’Olympe des grecs, l’Himalaya d’où jaillit le Gange, fleuve sacré, la montagne de Sion et tant d’autres... C’est pour avoir gravi l’Horeb que Moïse et Elie, aventuriers de la Haute Rencontre, se retrouveront avec Jésus, au Thabor.
La genèse nous dit une autre montagne. «Prends ton fils, dit Dieu à Abraham, ton fils unique, ton Isaac, c’est-à-dire «Sourire de Dieu». Pars et monte-le en montée sur une montagne que je te dirai». Celui qui sera appelé «le Père d’une multitude» se croit invité à mettre à mort le fils de la Promesse, l’unique, le sourire de Dieu. L’homme et l’enfant montent, «eux tout seuls». L’enfant porte le bois, l’homme porte le feu et le couteau. L’homme a froid comme peut avoir froid un père qui serre sur son cœur un enfant dont la vie s’en va. «Et l’agneau, Père?» - «Dieu y pourvoira, mon fils». Puis c’est le silence, le très lourd silence»; et là-haut, quand tout est prêt la voix dit: «Non, ne lève pas la main sur l’enfant; je sais maintenant que tu crains Dieu» dit le texte «Craindre Dieu!» quand l’Hébreu dit: «Je sais maintenant que tu frémis d’Elohim, que tu as frissonné de ton Dieu». Abraham découvre que le Dieu de la vie n’aime pas les mises à mort; il sait et nous savons qu’à l’heure de l’épreuve, de l’impasse et du mur, «Dieu pourvoit».
Moïse, à son tour, gravit la montagne imposante et redoutable du Sinaï, l’Horeb. Il va rencontrer Dieu et sceller l’alliance, dans le claquement des éclairs, dans l’orage épouvantable des montagnes. Lorsqu’il descend, son visage resplendit de la Gloire de celui qu’il a contemplé. On n’étreint pas impunément le feu: Moïse met un voile sur son visage.
Quatre siècles plus tard, Elie, lui aussi monte à l’Horeb. Il n’a rien d’autre à offrir que sa solitude, sa détresse et sa peur. Lui aussi va voir passer son Dieu, se blottir, comme Moïse, dans le creux du rocher. Passent l’ouragan, le séisme, le feu. Le Seigneur n’est pas là. Après le feu, il y eut comme le bruit d’une brise légère, «une voix, un silence subtil»; alors Elie se voila le visage, il sortit et se tint à l’entrée de la grotte, car le Seigneur passait.
La montagne du Sacrifice interdit, la montagne de la brise légère renvoient à une autre montagne, dérisoire et décisive. Golgotha, à peine un monticule, aux portes de Jérusalem. Sacrifice interdit là aussi. «Il l’a livré pour nous», mais ce n’est pas vrai que le Père ait levé la main sur son Fils; quel père mettrait à mort son enfant bien aimé? Sur la croix se meurt un homme habité jusqu’au bout du frémissement de Dieu et des hommes. En lui Dieu refuse la vengeance et le meurtre. Le Fils dit «oui» mais ce sont des hommes qui l’assassinent.
Le Calvaire s’éclaire de la lumière du Thabor, une «haute montagne» dit le texte. Quatre montent: Jésus, Pierre, Jacques et Jean. «Eux seuls» est-il dit encore. Et soudain, c’est la splendeur, la métamorphose avant l’heure, le blanc de la victoire, le visage soudain radieux, comme si un coin de voile était levé. Les hommes de la montagne, la Loi et les Prophètes «entourent Jésus».
Pour chacun de nous la montagne, les montagnes, celles des sacrifices interdits et celle de la transfiguration, la montagne de l’orage épouvantable et du silence subtil. Pour nous, à chaque heure, la montagne de la métamorphose par laquelle l’homme devient Dieu, la montagne où l’homme d’oraison prend le soleil au visage de Dieu.
«Nous tous, dit S. Paul, le visage découvert, nous réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, et nous sommes transformés en celui que nous contemplons» (2 Corinth. 3 et 4)
Puissions-nous, frères et sœurs, en ce temps de Carême, frémir de Dieu et de tout visage rencontré.
fr. Jean-Pierre Lintanf,o.p.
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