Dimanche 1er mars 2009 - 1er dimanche de Carême - Prédication du fr. Jourdain Monnot
lundi, mars 2, 2009 at 12:09PM
« Convertissez-vous et croyez à l’Evangile ». La prédication du Seigneur Jésus commence par là. Mercredi dernier, en recevant les cendres, nous avons déjà entendu cette phrase vigoureuse. Elle nous donne le programme du Carême. Il est tout entier de se fier à l'Evangile, de se conformer à lui, de se donner à l'Evangile. Mais qu’est-ce que l'Evangile ?
A coup sûr, c’est ce dont nous parlent les quatre Évangiles, ces quatre petits livres qui sont la base de notre foi et la règle de notre vie. Mais l’Evangile fondamental déborde ces livrets inspirés. Il est contenu par eux, mais n’y est pas enfermé. Il y a pour nous une tentation à nous tourner vers l'Evangile comme vers un texte fixé, fractionné, daté. En réalité, l'Evangile n’est pas un événement passé, mais une promesse permanente qui annonce l’avenir. C’est ce qui ressort sans cesse des paroles du Christ, et d’abord de ce qu’il nous dit aujourd’hui.
Que dit-il ? Il proclame « l’Evangile de Dieu ». Comme vous savez, on traduit souvent l’Evangile par la “Bonne Nouvelle”. Cette transposition du grec to evangelion n’est pas fausse, mais elle est certainement incomplète. L’Evangile n’est pas une simple chose qu’on apprend comme les nouvelles à la radio, il n’est pas une information extérieure et anonyme. C’est un message, c’est une nouvelle adressée et garantie par un auteur qui veut délibérément nous la communiquer. Et l’auteur initial, c’est Dieu. « L’Evangile de Dieu », c’est le message qui vient de Dieu.
Et que dit ce message ? Il annonce le Règne ou « le Royaume de Dieu ». Cette expression nous est familière, parce qu’elle est au centre des paraboles, des discours, de la mission de notre divin Sauveur. Le Royaume de Dieu, c’est la communauté, la communion finale et universelle que Dieu nous propose. Tout l’enseignement de Jésus concerne ce Royaume, son offre et son prix, son bonheur et ses exigences, son ébauche ici-bas et sa réalisation future.
A notre question de tout à l’heure: « Qu’est-ce que l’Evangile ? », on peut donc répondre sans erreur que l’Evangile, c’est l’appel lancé par Dieu à entrer dans son Royaume. Cet appel n’est pas sans conditions, mais il est sans limites. Il ignore les frontières et les barrières, il s’adresse à tous les âges du monde et à tous les âges de la vie, tantôt il retentit avec éclat, et tantôt s’insinue avec patience dans les cœurs, il procède parfois sans parole ni voix qui s’entende (cf. Ps 19,4), et parfois, pour les plus heureux dont nous sommes, il a frappé nos oreilles. Personne en tout cas n’est complètement laissé de côté, et toujours cet appel est marqué par la douceur, mais aussi par la puissance, de Dieu qui l’envoie. C’est pourquoi saint Paul a pu écrire que l'Evangile « est une force de Dieu pour le salut de tout croyant » (Rm 1,16).
Ainsi compris dans sa vérité, l'Evangile, vous le voyez, est tout le contraire d’un souvenir, ou d’un simple idéal, fût-il sublime. C’est une vague immense qui parcourt et balaie la mer des siècles pour porter tous les hommes jusqu’aux rives de la vie éternelle.
Cet universalisme du plan de salut n’est pas un concept de théologien. C’est un aspect essentiel de notre foi chrétienne à chacun. Il ne doit jamais sortir de notre esprit lorsque nous pensons aux aléas, aux évolutions, aux échecs parfois de notre Eglise. Le dessein de Dieu est bien supérieur à tout cela, et nous ne devons pas croire que le salut du monde soit suspendu aux entreprises, ou aux bêtises, de quelques évêques.
Comment d’autre part ne pas être frappé par la première lecture que nous venons d’entendre. Cette si belle et si profonde histoire ou parabole du déluge s’achève par une alliance que Dieu fait avec Noé, en ces termes: « Voici que j’établis mon alliance avec vous, avec tous vos descendants...pour toutes les générations à venir » (Gn 9,9 et 12). Cette alliance avec Noé, qu’on appelle l’alliance noachique, est déjà une alliance “éternelle “ (Gn 9,16) et universelle. Elle préfigure l’alliance définitive que Notre Seigneur a scellée par son propre sacrifice. Et sans doute pouvons-nous voir dans cette perspective la splendide image de l’arc-en-ciel, dont Dieu dit à Noé qu’il sera « le signe de l’alliance que j’établis entre moi et vous,... entre moi et la terre ». Notre véritable arc-en-ciel, c’est le Christ. Il s’élève à l’horizon de l’histoire. Médiateur entre Dieu et les hommes, il joint le ciel et la terre. Rédempteur, il est le garant de l’Alliance nouvelle. Lumière du monde, il est le signe par excellence, le signe réel et personnel, le signe vivant, le signe mort, le signe ressuscité de l’amour de Dieu pour tous les hommes. Ce Christ, notre divin Maître, nous l’attendons, nous désirons son retour, son avènement final, sa pleine manifestation. Vous et moi nous le percevons déjà par la foi, sans le voir encore clairement. Nous l’aimons, malgré nos infidélités. Tout au long de ce Carême, tout au long de cette vie, nous marcherons derrière lui, nous marcherons avec lui, nous marcherons unis à lui vers Dieu, vers le Dieu dont l’Evangile nous appelle ensemble à vivre dans la plénitude (cf. Ep 1,22; 3,19).
fr. Jourdain Monnot, o.p.
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Références au Christ: 1 Tm 2,5; Mt 26,28 et Rm 3,24; Jn 8,12; 1 P 1,8
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