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lundi
19janv.2009

Dimanche 18 janvier 2009 - 2ème dimanche T.O.B - Prédication du fr. Jean-Claude Lavigne

Ecoutant les textes de la liturgie nous pourrions, sans erreur, nous surprendre à méditer sur les appels de Dieu dans nos vies, ce que nous appelons les vocations. Les appels qu’entend le petit Samuel et qui se déploient en paroles efficaces tout au long de sa vie, les appels d’André, de Simon-Pierre... Puis nous pourrions poursuivre notre méditation sur la manière dont nous entendons ces appels venant de Dieu et sur les réponses existentielles que nous leur donnons.

Ce serait un beau moment spirituel, mais il y aurait peut-être un petit biais, un oubli qui ne nous permettra pas de tirer pleinement profit du cadeau que Dieu nous fait dans la liturgie de ce jour. La préposition employée par Jésus pour s’adresser aux deux disciples de Jean Baptiste, qui le suivent comme deux espions, n’est pas la proposition interrogative «qui» mais «que». Il n’y a pas erreur de traduction et rassurez vous je ne vais pas faire un exposé de grammaire française.

Jésus dit aux disciples silencieux «que cherchez-vous?». Jésus ne cherche pas à vérifier s’ils sont motivés pour devenir ses disciples en quittant Jean Baptiste, s’ils cherchent vraiment un maitre pour se former. Jésus n’appelle pas à lui mais fait appel à eux, les disciples. Il interroge d’abord leur désir: que cherchez-vous dans la vie? Qu’est-ce qui vous motive? de quoi avez-vous besoin ? Jésus agit de la même manière pour nous: qu’est-ce qui nous fait vivre? Qu’est ce qui vous habite? Il ne demande pas de réponses pieuses et stéréotypées et cela a de quoi nous désarçonner: il nous faut partir de nous-mêmes, il faut nous découvrir homme et femme de désir, avec nos ambigüités et nos ambivalences. Avec Jésus il ne s’agit pas de partir d’une règle éthique, d’un programme moral, mais de ce qui nous habite en profondeur. Et cela nous oblige à quitter nos superficialités et notre foi mondaine.

La réponse des disciples de Jean Baptiste est «où habites-tu?». Dialogue boiteux, étonnant. Ce que semble chercher les disciples c’est une adresse, c’est voir une maison, une hutte ou une caverne... dont nous ne saurons rien sinon qu’ils y ont vécu jusqu'à 4 heures du soir. Jésus ne trouve pas cette réaction stupide; il ne la rejette pas comme indigne de lui. Peut-être sommes nous invités par ce dialogue à être ce que nous sommes devant Dieu, simples et oser être banals avec Dieu. Jésus ne vient pas pour l’élite intellectuelle et discoureuse.

Jésus invite à le suivre et à voir par nous-mêmes où il habite: là où il n’y a rien de merveilleux, d’exceptionnel (sinon l’évangéliste nous l’aurait raconté). Jésus invite à faire une expérience simple de sa présence, de son compagnonnage. Il ne nous fait pas passer un examen de catéchisme mais nous invite à partager notre existence avec la sienne, à mêler nos expériences et à gouter la présence de Dieu. Expérience d’une amitié, d’une rencontre entre amis.

Jésus et les deux disciples se sont rencontrés sans que rien ne soit préparé. Jean Baptiste avait dit: c’est lui l’Agneau de Dieu. Les disciples sont partis à sa rencontre. Ils ont été disponibles à cet instant qui ne fut pas extraordinaire et se laissent entrainer par Jésus. Sommes-nous attentifs et disponibles à cet instant où la rencontre avec Dieu est offerte, possible? Peut-être, mais trop souvent nous nous demandons: quand, comment... et nous nous inquiétons alors que tout est là, présent.

Nous nous déclarons prêts à nous mettre à l’école de quelques gourous, à participer à des séances de développement personnel, à fréquenter des groupes de prières, à lire toute l’œuvre de Thérèse d’Avila... Tout cela est bien mais ce que Jésus nous demande est d’un autre type: une rencontre à accueillir, un déplacement à faire hors des sentiers battus de nos certitudes et de nos habitudes, demeurer avec lui un peu de temps avant d’aller chercher nos frères comme le fit André pour son frère Simon Pierre.

La seule vraie question est celle du «où»: où est la demeure de Dieu que nous allions la visiter et y demeurer. S’il n’y a pas de terres sacrées, ni de temple où il faudrait adorer, où pouvons nous demeurer comme des amis avec Dieu? Où est-il?
Dans l’eucharistie, les sacrements et la parole de Dieu nous le savons.
Là où plusieurs sont réunis en mon nom... dans l’Eglise
Dans nos corps dit saint Paul dans la seconde lecture. Dieu se donne dans nos âmes mais aussi dans notre corporéité et ce que cela implique car le corps est notre inscription dans l’histoire concrète et réelle, dans notre existence incarnée, dans les actes, dans le quotidien, dans les gestes, le face à face... Paul nous met cependant en garde contre la débauche comme moment où le corps n’est plus demeure de Dieu. Il ne suffit pas d’y voir une condamnation de la luxure, de l’alcoolisme, de la pornographie... même si ce ne sont pas de bonnes manières de gérer son corps. La débauche c’est ce qui fait violence au corps afin qu’il jouisse, c’est une construction volontariste de la jouissance croyant que du plaisir en surgira. La débauche est mauvaise car elle est une construction là où il n’y a qu’à accueillir. La débauche exclue Dieu pour mettre notre volonté là où il y avait à recevoir de Dieu. Pour que Dieu habite en nous, il faut le laisser demeurer, l’attendre avec patience et attention. Laisser Dieu être Dieu dit Maitre Eckhart. La débauche s’oppose à l’enfance, au silence et au sommeil de Samuel, figures de la disponibilité à recevoir tout ce que Dieu nous donne avec simplicité et spontanéité. Le Seigneur nous invite ainsi à accueillir sa présence comme un cadeau. A la question du «où»: Dieu répond: là où tu m’accueilles.

Que le Seigneur nous donne d’être attentifs à l’instant où Dieu nous dit «viens et vois où toi et moi pouvons demeurer ensemble».

 

fr. Jean-Claude Lavigne, o.p.

 

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