Retrouvez ci-dessous les prédications dominicales du 222 (une par page).
Vous pouvez aussi consulter celle de nos frères dominicains de Belgique francophone sur : http://www.predication.org/
Dimanche 13 septembre 2009 – 24ème dimanche T.O.-B – Prédication du fr. Philippe Verdin
« Pour vous, qui suis-je ? »
Avec Saint Pierre, Jésus souffle le chaud et le froid. L’Evangile d’aujourd’hui est assez sobre. Mais dans l’Evangile selon saint Matthieu qui raconte la même scène, Jésus félicite d’abord Pierre pour sa bonne réponse : « Heureux es-tu, parce que tu n’as pas trouvé tout seul que j’étais le Messie, le Fils du Dieu vivant tout seul. C’est mon Père qui te l’a soufflé. » En effet, le brave Pierre n’est pas le plus malin des apôtres. Il est sans doute moins avisé que le petit Jean qui a des amis partout, moins débrouillard que l’homme d’affaire Matthieu, moins doué pour les relations publics que le polyglotte Philippe. Il n’empêche, c’est lui qui est inspiré, c’est lui qui reconnaît que Jésus est le Christ, le Fils du Dieu vivant.
Deux minutes après, le bon élève Pierre se voit retirer son bon point. Tout à l’heure il était salué par Jésus, maintenant il est grondé par Jésus. Tout à l’heure, il était parmi les saints des béatitudes « heureux es-tu, fils de Yonas… », maintenant il est parmi les démons : « Passe derrière-moi, Satan ! »
Bref, de temps en temps l’Esprit inspire des paroles magnifiques et prophétiques ; de temps en temps l’Esprit se retire et la bouche des plus saints des hommes profèrent des bêtises.
Il en est de même pour nous. Quand il s’agit de professer notre foi au Christ auprès de nos enfants, de nos petits-enfants, on est souvent ballots… et parfois on est aussi inspiré ! Quand il s’agit d’expliquer aux collègues de bureau pourquoi on prend tous les ans une semaine de vacances début octobre ; quand il faut leur avouer que c’est pour le pèlerinage du Rosaire à Lourdes, on est timoré et un peu honteux. Mais parfois aussi on trouve le ton, ce mélange d’émotion et d’humour qui est plus efficace qu’un discours théologique.
Pierre a du mal, comme nous, à tout comprendre dans l’Evangile. Comme nous, l’idée d’être ami de Dieu le flatte, mais en revanche il n’a pas envie de communier aux souffrances de Jésus. Comme nous il aime la rose, mais pas ses épines. Pour lui, c’est un scandale que Dieu puisse souffrir. Pour Jésus, c’est un scandale que ses disciples ne comprennent pas sa mission. « Ne saviez-vous pas qu’il fallait que le Fils de l’Homme souffrit et meurt pour entrer dans la gloire ? » Jésus explique aux apôtres, Jésus explique aux disciples d’Emmaüs, Jésus explique aux générations successives qu’il faut passer par la croix pour entrer dans la joie. C’est dur à comprendre, ce n’est pas facile à admettre. Les générations de croyants, de saints, de mystiques, de théologiens ont eu la même réaction que Pierre. En voyant les miracles de Jésus, ils l’ont reconnu comme Fils du Dieu vivant. Mais la passion et la mort du Christ les choquent. Le cardinal Martini, ce jésuite qui fut pendant 20 ans archevêque de Milan, confesse que les souffrances du Christ ont été longtemps pour lui une occasion de colère. Il dit que certains jours, dans la prière, il refusait de regarder le crucifix. Il ne pouvait supporter de voir la représentation de la souffrance de celui qu’il aime. Vous vous souvenez de Clovis catéchisé par saint Rémi. L’évêque de Reims lui explique le vendredi saint. Clovis réagit en disant : « Si j’avais été là avec mes Francs, j’aurais empêché l’arrestation du Jardin des Oliviers ! J’aurais défendu Jésus innocent ! » Oui, on a du mal à admettre que Jésus doit souffrir et mourir.
Pourquoi Jésus devait il souffrir beaucoup et mourir ? On ne peut être un chrétien sans se poser cette question. Les saints, les mystiques et les théologiens ont apporté des réponses fragiles, en tremblant devant ce mystère terrible.
(A ceux d’entre vous qui ont le goût baroque, je suggère de lire l’admirable sermon du vendredi saint de Bossuet, prononcé en 1660 au Couvent des Minimes.)
Hans Urs von Balthasar, l’un des plus grands théologiens du vingtième siècle, récapitule les raisons qui font dire à Jésus qu’il doit souffrir beaucoup et mourir.
- Jésus a offert sa vie pour le pardon de nos péchés.
- Jésus est la victime d’un sacrifice d’oblation définitif.
- Jésus a pris sur lui le péché du monde.
- Jésus nous montre l’amour de Dieu en donnant sa vie, car « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. »
- Jésus communie aux souffrances et à la mort qui sont le propre de l’homme. Dés lors, Dieu communie tellement à la vie humaine que l’homme peut communier à la vie divine.
Ainsi, à la question « pour vous, qui suis-je ? », nous pouvons donner plusieurs réponses : « Tu es l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Tu es le bon berger qui donne sa vie pour ses brebis. Tu es l’ami des hommes qui suit ses compagnons jusque dans l’épreuve, jusqu’à travers la mort. Tu es la porte qui nous ouvre la vie divine. Tu es le signe de l’amour. »
A la question : « Pour vous, qui est Jésus-Christ ? », Louis de Funès répondit : « Jésus-Christ ? C’est le radieux compagnon de chaque instant de ma vie. »