Dimanche 7 février 2010 - 5ème dimanche T.O.-C - Prédication du fr. Jourdain Monnot
lundi, février 8, 2010 at 10:58AM La fumée ! « Le Temple se remplissait de fumée » (Is 6,4). Dans la vision du prophète Isaïe, une opaque fumée recouvre tout le contenu du Temple. Ce haut lieu, son riche mobilier, son rituel fastueux, ses prêtres vénérables, tout disparaît. Tout est ramené à sa juste valeur, qui est seulement de mener à Dieu. Dans le Temple de Jérusalem, tout n’est que fumée, sauf Dieu qui y réside et ceux qu’il appelle à lui. Qu’en est-il dans les églises chrétiennes, qui succèdent au Temple juif ? Comment ne pas méditer en nous-mêmes l’apostrophe de Notre Seigneur aux Pharisiens : à quoi bon votre offrande et votre autel ? Ce qui compte, c’est le Trône de Dieu dans le ciel et Celui qui y siège (cf. Mt 12,19-22). Telle est bien l’expérience vécue par le prophète Isaïe. Enveloppé de l’obscure fumée qui efface l’apparence des choses, et qui s’attache aux choses de l’apparence, il voit la réalité, il voit le Réel par excellence, il voit Dieu : « Je vis le Seigneur qui siégeait sur un trône très élevé ». Dieu se laisse voir dans sa véritable majesté. Est-ce le Dieu de l’Ancien Testament, est-ce seulement un Dieu d’autrefois, périmé, dépassé par la Nouvelle Alliance ? Non. Dieu ne change pas. C’est nous, bien plutôt, qui avons souvent perdu le sens de Dieu. Dieu est immuable, il transcende les siècles comme il transcende les hommes. Le récit que nous lisons aujourd’hui est l’un des sommets de la Bible, mais une vision plus majestueuse encore, plus impressionnante encore, nous est livrée au terme du Nouveau Testament, dans le chapitre 4 de l’Apocalypse.
C’est toujours Dieu, “ le Dieu unique et véritable” (Jn 17,3), le Dieu un, le dieu saint, le Dieu d’amour et de plénitude. Car il s’agit bien de plénitude. Vous l’avez entendu, « Le Temple se remplissait de fumée ». Mais le Prophète avait commencé par dire : « Je vis le Seigneur…les pans de son manteau remplissaient le Temple ». Et la cour céleste des anges chanta : « Toute la terre est remplie de sa gloire » ! Remplir, remplir, remplir : c’est toujours l’action de Dieu. Et peut-être bien les trois exemples qui nous sont ici donnés désignent-ils la même réalité fondamentale, à savoir la gloire de Dieu au sens que lui donne la Bible. La gloire de Dieu, c’est le libre partage de sa propre bonté, la puissance et le rayonnement de sa lumière et de sa sainteté. Tous les êtres, toutes les créatures, vous, moi, nous tous, chacun et chacune à sa manière, lorsque nous acceptons de faire rayonner sa lumière dans notre vie, nous devenons un peu la gloire dont il accepte de se revêtir, nous devenons “les pans de son manteau”. Dans ce cas, dans cette mesure, la gloire de Dieu se répand, non seulement à l’intérieur du Temple nouveau que constitue l’Eglise, mais sur la terre des hommes. En revanche, si au contraire notre égoïsme fait obstacle à la diffusion de l’amour de Dieu notre Père, alors nous ne sommes plus que fumée : la fumée remplit la scène pour un temps, elle occupe l’espace, mais elle sera balayée par le premier vent.
Telle est pour nous la vérité de Dieu. L’Eglise ne nous le laisse pas oublier. A chaque messe, le message d’Isaïe est proclamé. Chaque fois que nous faisons mémoire du Christ et de son dernier repas retentit le chant du Sanctus. Il nous rappelle la sainteté de Celui à qui nous parlons. Cette sainteté, lorsqu’elle manifeste sa présence, suscite toujours une intense admiration, et plus encore un immense respect, mêlé d’abord de crainte. C’est le cas pour Isaïe. C’était déjà le cas pour Moïse quand Dieu passa près de lui au mont Horeb (Ex 33). Mais les mêmes sentiments s’emparent des Apôtres, dans les moments où transparaît le caractère divin de Jésus. Ainsi à la Transfiguration du Seigneur (Mt 17). Ou bien quand le Christ commande à la mer et aux vents pour apaiser la tempête sur le lac (Mt 8). Et encore, nous l’entendions tout à l’heure, après la pêche miraculeuse, où leur Maître semble avoir donné ordre aux poissons de venir dans leurs filets. On le perçoit dans ces instants, la gloire et la sainteté du Très Haut reposent ici-bas sur son Fils éternel et bien-aimé. C’est pourquoi au début de la prière eucharistique, après avoir acclamé trois fois le “Dieu de l’univers”, nous chanterons « Béni soit celui qui vient ». Celui qui vient, c’est le Christ. Il vient à nous aujourd’hui dans le sacrement de l’Eucharistie. Chaque jour, il vient mystérieusement pour préparer l’avènement final du Royaume où il veut nous introduire. Le Sanctus de la messe annonce et préfigure le bonheur de cette assemblée innombrable, où régneront ensemble le Fils de l’homme et son Père céleste, ces deux réalités sublimes et proches, que nous pouvons appeler aujourd’hui le Seigneur des poissons et le Seigneur des mondes.
fr. J. Monnot, o.p.
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